Des fermes à ciel ouvert : le visage de Kernascléden jusqu’au XXe siècle

Au tout début du XXe siècle, Kernascléden était avant tout un village paysan, niché au cœur du Morbihan, où l’agriculture organisait le rythme de la vie. Les hameaux - Kermario, Kerbiquette, Kerchopine - rappellent aujourd’hui encore cette répartition en petites unités où chaque famille travaillait ses propres terres. Selon l’INSEE, la région du Centre-Bretagne comptait encore près de 80% d’agriculteurs en 1900 (source INSEE).

Ici, la polyculture était reine : blé, seigle, sarrasin, pommes de terre, et bien sûr le lin, que l’on retrouvait jusque dans la chapelle au détour de motifs sculptés. Les paysages étaient marqués par les champs ouverts, les prairies entourées de talus (appelés localement “bocage”), et l’élevage – vaches de race armoricaine, cochons et basse-cour.

  • L’habitat traditionnel : longères en pierre, toits de chaume ou d’ardoises, parfois dotées d’un four à pain en commun.
  • La vie communautaire : fêtes religieuses, travaux collectifs (la “taf” ou corvée de moisson), veillées hivernales venant rythmer le quotidien bien au-delà du simple travail agricole.
  • L’eau et la terre : De nombreux lavoirs, dont celui de Kerchopine subsiste, témoignent de l’organisation collective des tâches domestiques.

Les grandes mutations du XXe siècle : de l’exode rural à la diversification

Les décennies qui suivent la Première Guerre mondiale modifient profondément la vie rurale à Kernascléden. Comme dans tout le Centre-Bretagne, l’exode rural bat son plein. Entre 1911 et 1954, la commune passe de 866 à 566 habitants (archives démographiques).

  • Méthodes agricoles bousculées : L’arrivée des premières machines, la mécanisation progressive (moissonneuses, tracteurs dans les années 60), changent le rapport à la terre.
  • Disparition des métiers traditionnels : Sabotiers, tisserands, forgerons finissent par disparaître, remplacés par l’industrie ou des emplois urbains. On note la fermeture de la dernière forge dans les années 1970.
  • Transformation du bâti rural : De nombreuses longères tombent en ruine ou sont reconverties pour accueillir de nouveaux habitants attirés par le calme de la campagne.

À partir des années 1980, la commune mise sur la diversification : des exploitations agricoles encore actives se tournent vers la vente directe et l’accueil à la ferme, tandis que de nouveaux artisans apparaissent (ébénistes, artistes, producteurs de houblon ces dernières années).

L’entraide villageoise : traditions vivaces et nouveaux élans

La solidarité a toujours constitué le ciment de Kernascléden. Autrefois, elle s’exprimait lors des récoltes où voisins et familles mettaient la main à la pâte durant les fenaisons, le battage du blé, ou encore la fabrication du cidre.

  • Le “Troc’henn” : système ancien d’échange de services ou de denrées, longtemps pratiqué, et dont on retrouve la trace dans certaines fêtes villageoises (échanges de paniers garnis à Noël).
  • Les fêtes de Cornouaille et “pardon” de la chapelle continuent d’être des temps forts, mobilisant l’ensemble du village pour l’organisation, la musique, les danses bretonnes.

Aujourd’hui, cette entraide revêt d’autres formes :

  • Associations locales dynamiques (club de randonnée, atelier de broderie, association “Patrimoine et Traditions de Kernascléden”).
  • Jardins partagés et initiatives de permaculture — démarche collective pour rester en lien avec le terroir tout en répondant aux enjeux actuels d’écologie (Patrimoine.bzh).

Agriculture, savoir-faire et transmission : un patrimoine vivant en mouvement

La vie rurale reste imprégnée de savoir-faire ancestraux. Par exemple, la fabrication de cidre à partir des pommes du verger communal persiste chaque automne, au pressoir rénové en 2017. Des ateliers de vannerie ou de gravure sur lin sont aussi proposés pour transmettre les gestes aux plus jeunes.

  • L’agriculture durable : Les exploitations s’adaptent, avec une conversion de plusieurs hectares en agriculture biologique depuis 2015, notamment autour de Kerminée et Kerbellan.
  • La transmission orale : On retrouve dans le parler local certains termes bretons et gallos, valorisés lors des ateliers de contes du printemps, où les anciens viennent raconter la vie d’antan.

Le marché dominical, installé depuis 2019 sur la place de l’église, offre un nouvel espace de convivialité autour des produits locaux, du pain au levain jusqu’aux crêpes fraîches. L’engagement pour le circuit-court et la valorisation du terroir attire désormais un public varié et ouvre de nouvelles perspectives économiques.

Du patrimoine bâti à la modernité : la cohabitation harmonieuse

Kernascléden est aujourd’hui cité en exemple pour la mise en valeur de son patrimoine : la chapelle Notre-Dame (inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1857), mais aussi des calvaires, puits, fermes et ateliers classés ou remarqués par l’Inventaire régional (Pop.culture.gouv.fr).

Si certains hameaux sont restaurés dans le respect des méthodes traditionnelles, d’autres accueillent l’habitat contemporain, le télétravail et de nouveaux usages liés au développement numérique : l’installation de la fibre dans tout le bourg en 2022 témoigne de cette ouverture. L’école, sauvée de la fermeture dans les années 1980 grâce à la mobilisation des parents, symbolise la résistance et le renouveau.

  • Création de micro-entreprises et d’ateliers d’artistes dans d’anciennes granges.
  • Randonnées thématiques sur le patrimoine rural et la biodiversité.
  • Reconnaissance de Kernascléden dans le “Pays d’Art et d’Histoire” de Pontivy Communauté depuis 2018.

À travers les siècles, une vie rurale qui se réinvente

L’histoire de la vie rurale à Kernascléden est celle d’une adaptation continuelle : de la polyculture vivrière à la recherche de nouveaux équilibres entre tradition et modernité. Le village, comme bien d’autres du Morbihan, fait le pari de l’ouverture et du partage sans perdre de vue ses racines profondes. Chaque ruelle, chaque talus, chaque récit d’habitant témoigne de ce passage, de l’autonomie solidaire d’hier aux défis de la ruralité d’aujourd’hui.

Du fournil collectif à la fibre optique, de la fête du lin à la start-up installée dans une ancienne grange, Kernascléden trace son chemin, entre héritage séculaire et innovations, offrant aux visiteurs comme aux habitants un visage à la fois authentique et résolument tourné vers l’avenir.

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